Shad – Start Anew
Start Anew : le renouveau de Shad
Shadrach Kabongo aka Shad aka Shad K fait partie de ces artistes qui promettent tôt et qui tiennent la promesse sur la durée. Un rappeur capable de livrer un classique du rap canadien dans ses années lycée, et qui n’a jamais cessé depuis de creuser les mêmes obsessions: le sens, la transmission, la responsabilité de la parole.
Né au Kenya de parents rwandais et ayant grandi au Canada, Shad s’est imposé très jeune comme une figure singulière du rap nord-américain. Dès When This Is Over puis The Old Prince, il installe un rap à hauteur d’homme, personnel et introspectif. En 2011, son album TSOL lui vaut un Juno Award du Rap Recording of the Year, remporté face à Drake et Thank Me Later…
Après TAO en 2021, Start Anew marque son retour discographique fin octobre 2025. Le titre annonce la couleur sans effet d’annonce: il est question de fins de cycle, de renaissance, de ce qui meurt pour laisser place à autre chose. Sur treize titres, Shad explore le cycle vie – mort – renouveau, autant à l’échelle individuelle que collective, dans un monde traversé par la crise climatique, l’épuisement des systèmes économiques et la nécessité de réinventer le lien.
L’album ne sonne pas comme une rupture mais comme un nouveau jalon. Shad rappe avec l’assurance d’un vétéran qui sait exactement ce qu’il veut dire et comment le dire. Sa force reste intacte: une écriture précise, narrative, toujours accessible malgré la densité des idées. Il ne simplifie pas, il clarifie.

Musicalement, Start Anew est un disque de niche. La liste des producteurs et invités raconte à elle seule l’esprit du projet: des collaborateurs de longue date, des rencontres récentes, des musiciens issus du jazz, du gospel, du rap underground. Phil Beaudreau, Theory Hazit, BIG KILL, Sndtrk, NewSelph, Ric Notes… Chaque beat est pensé comme un espace à habiter, jamais comme un décor figé.
Des morceaux comme Slanted interrogent l’illusion d’un monde “à niveau”, où les inégalités se creusent malgré un discours méritocratique omniprésent. Happiness parle de la perte comme condition d’un apaisement réel. Rain transforme la création en acte de partage plutôt qu’en quête de domination. Islands convoque l’idée d’“îlots de lucidité”, ces communautés capables d’inventer d’autres manières de vivre quand les structures dominantes s’effondrent.

Raz Fresco lors de son concert surprise Jazz à Vienne 2023
Le diptyque Look Pt. 1 / Look Pt. 2 est l’un des cœurs émotionnels du disque. Accepter la finitude, puis célébrer la survie. Le premier acte regarde la réalité en face, le second souligne ce qui tient encore debout. On y retrouve notre camarade Raz Fresco, que l’on a accompagné en 2023 lors de sa première tournée européenne avec Figub Brazlevic, avec qui Shad partage une même éthique indépendante.

Homeboy Sandman sapé en LGTDZ
Don’t pousse la logique jusqu’à l’inconfort, en rappelant que rien n’est éternel, pas même la musique. Sacrifice, avec Homeboy Sandman, rappelle que toute construction durable implique une perte. Fear of Death, en clôture, boucle le cycle amorcé par l’introduction, comme une respiration complète.
Start Anew n’est pas un album démonstratif. C’est un disque posé, réfléchi, profondément humain. Un projet qui confirme ce que l’on sait depuis longtemps: Shad n’a jamais couru après son époque. Il la regarde passer, l’analyse, et continue d’écrire des disques qui vieillissent mieux que l’actualité qu’ils traversent.
Un retour sous le signe du renouveau, oui. Mais surtout la preuve qu’une œuvre cohérente, peut continuer de se réinventer meme sur plus de vingt ans.


Comments
This post currently has no comments.