Andre 3000 : son retour imaginé par Chuckie Fresh

Retour à l’époque où la marque Lacoste et le travail fictif étaient chic. Suite au leak du couplet d’Andre 3000 dans Life Of Party de Kanye West, notre Chuckie Fresh international (Audiomatic) a entièrement imaginé, produit et chroniqué ce que pourrait être le grand retour discographique de Stacks.

Concept, tracklist, paroles, featurings : la critique est plus vraie que nature ! Après l’hommage par Dela et Lost In Traplanta de Mathieu Rochet, Ol’ Grumpy Bastard remet Outkast dans les pensées et discussions. La version originale anglaise est dispo sur Medium. La version française pour celles et ceux aussi anglophones que François Hollande ou Jean-Pierre Raffarin, à lire ici :

Introduction : Chuckie Fresh réimagine Andre 3000

Je viens de me faire un délire. J’ai réalisé le nouvel album solo d’Andre 3000 dans ma tête. 18 titres de pure magie, 62 minutes de putain de chair de poule. Un rêve absolu qui porterait le nom de Between The Notes, titre inspiré par la fameuse citation de Claude Debussy :

La musique est le silence entre les notes

Claude Debussy

Ce dernier suggérait que la musique ne se trouvait pas dans les notes mais dans le silence entre celles-ci. Une idée album, née après l’écoute du magnifique morceau Life of the Party où une fois de plus, Andre 3000 justifie sa place dans le Top 5 MC incontesté.

Tracklist:

  1. Thank You For Waiting
  2. Oxygen feat Black Thought
  3. N***** With Gratitude feat Jay Electronica
  4. Through Your Eyes (Blink) feat Erykah Badu
  5. Peaches feat Big Boi
  6. Château Fortia feat Royce Da 5’9’’
  7. Eargasm 
  8. Keep on, Keepin’ on feat Devin The Dude
  9. Sh!t Happens feat Freddie Gibbs
  10. Between The Notes 
  11. Cherry Pie feat Tyler The Creator
  12. Heaven’s Trumpets
  13. Peace Pipe Melody feat Lil Baby
  14. Bare foot on Sunset Boulevard feat Frank Ocean
  15. Hip
  16. Under the Stars feat Young Thug
  17. Trust Me, I’m Good feat Kendrick Lamar
  18. One

Critique et décorticage de l’album :

A travers cet album (fictif), André déferle et s’infiltre dans toutes les brèches possibles. André place ses rimes dans les snares, tel un Michael Jordan qui dribble ses adversaires avant le dunk. Il s’insinue dans les plus petits espaces et ne rencontre aucun obstacle ni résistance. 3 Stacks a un don naturel pour tout rendre limpide. Son flow aux phases complexes par moments, déroule avec tellement d’aisance. Il gère son timbre de voix avec force et maîtrise. Il rappe comme il respire. Il a un truc avec les mots tout bonnement inexplicable mais dans lequel on se retrouve tous. Il croit en nous et nous croyons en lui… à juste titre. Nous sommes honorés de voir notre introverti préféré s’ouvrir à nous. Il respecte l’art sans jamais faire dans la surenchère.

Il a beau remplir son flow de pensées du quotidien et de gestes auxquels on s’identifie tous, il reste toujours aussi humble, unique et mystérieux. Il transforme chaque couplet en rimes de l’année. On sourit face à une poésie délivrée sous sa forme la plus pure, qui porte en elle, les épreuves et souffrances de la vie, ainsi que l’empathie et les petits doutes logés au tréfonds de nos âmes. Intelligence émotionnelle, spiritualité et écriture sont inégalés dans ce projet. La dernière apparition sur disque d’Andre 3000 était dans un morceau de Kanye, divulgué par Drake, à la sortie de Donda. Un leak où il parlait des brins d’herbe le chatouillant, probable métaphore de l’esprit de sa mère. 

Il nous parlait de la toux simulée quand sa mère allumait une cigarette et nous attendions pas moins de cette œuvre niveau beauté et partage. 

Between The Notes

Between The Notes est consolidé par une dream-team niveau collaborations et productions comme The Dungeon Family, Pete Rock, Kanye West, Tyler The Creator, 9th Wonder. Le LP voit les participations de Frank Ocean, Jay Electronica, Kendrick Lamar, Tyler The Creator, Lil Baby, Young Thug, Freddie Gibbs, Black Thought, Devin The Dude Q-Tip et Erykah Badu. 

L’album démarre avec Thank You for Waiting. 64 mesures de rimes féroces, furieuses et pleines de funk. Andre évoque sa quête personnelle avant de partager au monde sa grandeur. Il mentionne l’importance du temps et de la patience. La paix intérieure. Tout est mis en perspective : du vrai amour qui  trouve toujours son chemin, le gloire de Dieu, la foi, les attentes, les prières, la cruauté animale, le tofu, la hausse des prix du carburant, la citronelle et les rides en vélo comme J Cole.

Oxygen

Qui comprend le fameux “Oxygen, I can’t breathe, mad tricks up my sleeve” de Biggie. Un classique issu du mythique “Unbelievable”. Le titre apporte un bel échange avec Black Thought, avec une complicité comparable à celle de Styles P et Jadakiss. Ils parlent de tout, de la préservation des arbres, du CO2, du changement climatique, de la guerre, les relations étouffantes et l’importance de performer dans son écosystème. Du lyrisme de haut vol, sur un beat lourd de 9th Wonder.  

N**** With Gratitude

Avec Jay Elec. Ils ont repris la partie de NWA dans “Real Niggaz Don’t Die”, partie où ils disent I’m a muthafukin N**** with an attitude pour le transformer en “I’m A Muthafuckin N**** with Gratitude”. Jay Elec fait des incantations ésotériques et décompose les atomes de l’univers pendant qu’Andre scande un mix parfait de joyaux de vie et paroles de sagesse. 

Through Your Eyes (Blink)

Un morceau à propos de la co-parentalité. Andre et Erykah parlent de leur fierté qu’ils éprouvent pour l’homme qu’est devenu leur fils Seven. Un sentiment de fierté couplé au cheminement dans leurs rapports respectifs, avant, pendant et après leur relation. Un titre sur le respect et la compréhension de l’autre. Un titre sur l’amour inconditionnel et la foi. La partie (Blink) est inspirée par le livre de Malcolm Gladwell, sur le savoir sans savoir, la pensée sans penser et la part de confiance en notre instinct. On y retrouve la même vibe que dans Love Below dans une version 2.0, produite par Andre 3000. 

Peaches

Un hymne Dirty South / Georgia / Atlanta avec Big Boi où l’on ressent le soleil et l’hospitalité du Sud. Les fruits, la saveur & les paires de fesses sont la thématique. 

Ce titre sera certainement joué partout pendant tout l’été, du strip club à l’église, de la Cadillac de « Sweet Dick Daddy » au Uber commandé pour la maîtresse. 

Château Fortia

Avec Royce Da 5’9’’, un titre qui passe à la loupe, le self control, l’évolution personnelle, la puissance de l’esprit, le partage, les blessures émotionnelles inspirantes. Ils décrivent leur amélioration avec le temps, à la manière du vin rouge. Le duo piétine les imposteurs comme des grappes de raisin dans la vigne hip-hop. Le  beat est signé The Dungeon Family. Andre et Royce mentionnent l’explosion de saveurs en bouche, au moment de savourer le funk liquide et les rimes addictives qu’ils délivrent dans nos palais et papilles gustatives. Une performance qui nous fait tendre nos verres vides pour une seconde tournée.

Eargasm

Andre fait l’amour à la musique pendant que nos oreilles épient avec lubricité chaque coup de rein lyrical. “It’s that Pimpadelic paragraphic paraphernalia, nailin’ ya… raw… tap ya jaw… deep throat flow” comme il le dit. Il y donne sa vision des relations actuelles, du changement de mode opératoire dans la manière de se rencontrer et d’interagir. Nous avions l’habitude de choper les numéros de téléphone et d’appeler les filles à la maison pour pécho, là où maintenant tout le monde glisse dans les DMs et applications genre Tinder…

Des jeux de mots malins et un incroyable beat flip que l’on ne voit pas venir. Une belle surprise qui s’explique avec le sample de Freaks of the industry par Digital Underground qui s’invite dans le titre. Q-Tip vient (jeu de mot volontaire) pour la finition, nous rappelant pourquoi les fans de tous genres sont tombés amoureux de sa voix unique et de son flow iconique ATCQ.

Keep On, Keepin’ On

On y voit Devin The Dude chanter un de ces refrains posés dont il a le secret.  La chanson met à l’honneur la persévérance, le fait de rester fidèle à ses principes, être original et accepter les challenges. Pour ceux qui se souviennent de la collaboration avec Snoop à l’époque… C’est la même chose mais en mieux.

Sh!t Happens 

Avec Freddie Gibbs et un Alchemist inarrêtable à la production. Bardé de changements époustouflants dans le drum pattern. La manière dont le beat change du tout au tout est dingue, excellemment bien exécutée. Le track commence avec de gros scratchs issus du “Three Thou’, poster child for big dick n***** raised by their mothers” , une rime que Andre  3000 a balancé dans Life of the Party.

Freddie montre aussi qu’il n’est pas là pour la figuration, en nous rappelant qu’il ne joue pas, mixant l’inconséquence hip hop aux pensées mystérieuses de Benjamin. Les schémas de rimes qui jouent sur les temps de la production, donnent envie de revoir le binôme dans de futurs projets.

Between The Notes

Un des rares morceaux sans invités. Nouvel exemple de la facilité pour Stacks de balancer des pépites verbales sans le moindre effort. Certaines rimes sont hors des codes, tout en étant déposées avec douceur. C’est comme lire un texte de Prodigy, on ne voit pas la chose arriver jusqu’à l’atterrissage dans le beat. Voici 3 Stacks à son meilleur, la preuve ici :

“Music is the space between the notes / La musique est l’espace entre les notes / 
Hats off Monsieur Debussy, for this beautiful quote / Chapeau bas Monsieur Debussy pour cette belle citation / sometimes beauty surrounds itself with emptiness  / Parfois la beauté elle-même se pare de vide / 
Mask off in the booth, how did we get to this ? / Bas les masques dans la cabine d’enregistrement, comment sommes-nous arrivés là ? / 
Sometimes we just gotta let the wind resonate / Parfois nous avons juste à laisser le vent résonner / 
We’re all sensitive souls, lost in space, / Nous sommes tous des âmes sensibles, perdues dans l’espace / 
808, vibrate, appreciate every day, / 808 (nombre des anges ou boite à rythme), vibrons, apprécions chaque jour / To many skeletons in the closet, accumulate, / des erreurs du passé, accumulées, / 
As long as we breathe, we can create / tant que nous pouvons respirer, nous pouvons créer 
I feel so alone sometimes, clean slate / Je me sens si seul parfois, comme une page blanche 
Bobby McFe’ told us to smile, not mean face / Bobby McFe(rrin)’ nous dit de sourire, pas de tirer la gueule  
(Whisling Don’t worry be happy melody )” 
Note for note, dope is dope, hope is hope… / Mot pour mot, dinguerie pour dinguerie, l’espoir pour l’espoir

Cherry Pie

Avec un Tyler, The Creator tout droit débarqué de son Call Me If You Get Lost, album qui a sa place au sommet du top 2021. Les gentlemen nous rappellent ce qui fait d’eux des inclassables. Dans une constante création, toujours à bousculer les codes avec passion, sans jamais avoir peur d’être vu comme marginaux, ils nous intiment l’ordre de rêver. Le dur labeur paye, comme le dit le refrain : 

La vie est plus douce que la tarte aux cerises de ta maman.

Heaven’s Trumpets

Avec un tel nom, ce titre ne pouvait qu’être produit par Pete Rock ! Le monsieur connaît les cuivres. Preuve en est avec le mythique sample de saxophone dans TROY. Le morceau commence avec un extrait d’une citation d’Andre sur Life of the Party :

ain’t no such thing as heaven’s trumpets / Il n’y a rien de tel que des trompettes divines.

Une plongée en profondeur dans les griefs et les échecs. Une réaction sur la manière dont le titre a fuité et le sentiment de trahison quand Andre apprit que Kanye rappait à propos de Drake, sur un titre qui aurait du honorer la mémoire des mères qu’ils ont tous deux perdus. Il passe en revue les sept trompettes de l’apocalypse, parle du livre de l’Exode, remonte le Nil, écrit sur de vieux papyrus. Il compare le COVID à l’une des sept plaies d’Egypte. Stacks s’occupe avec les cuivres cuisinés par Pete Rock, découpe les mots avec sa langue, plus affutée que les lames en acier inoxydable, utilisée par ton shawarma favori.

Pipe Melody

L’album transite doucement vers un pacifique Pipe Melody avec Lil Baby, produit par Twysted Genius… Un délire de torturés émotionnels, de purs Emotionnaly Scarred. Ils parlent de paix sur terre et de guerre dans les rues. Lil Baby se confesse pour tout le mal qu’il a causé dans le quartier où il a grandi. Andre parle de son époque Outkast et s’excuse une fois de plus auprès de Big Boi, pensez à Sorry de T.I où Stacks disait : 

This the type of shit that’ll make you call your rap partner and say hey sorry for being akward, my fault for fuckin up the tours, I hated all the attention so I ran from itC’est le genre de trucs qui te fait appeler ton partenaire de rap pour lui dire “hé désolé pour les maladresses, mea culpa pour avoir foiré les tournées, j’ai détesté toute l’attention que l’on me portait donc je l’ai fui...

Bare foot on Sunset Boulevard 

En collab’ avec Frank Ocean. Tous deux abordent le passage à l’âge adulte. Andre se remémore son déménagement de East Point Atlanta à Hollywood. Il nous rappelle à quel point la vie est fragile et tout peut basculer en un battement de cil. Il parle d’équilibre. Il partage l’histoire touchante d’un sans-abri qu’il a rencontré un jour à Sunset Boulevard. Le SDF était le président d’une multinationale qui a tout perdu dans les jeux d’argent et les coups du sort, l’entraînant dans une spirale infernale. Frank Ocean disseque avec poésie l’avidité des générations actuelles pour l’argent, la popularité, le sexe et la drogue.

Hip

Un titre reprenant le fameux couplet d’ouverture dans Rosa Parks :

 

“I met a gypsy and she hipped me to some life game
to stimulate and activate the left and right brain
said baby boy, you only funky as your last cut
you focus on the past you ass will be a has-what”

“J’ai rencontré une gitane qui m’a branché au jeu de la vie 
et activé mes deux hémisphères.
Elle m’a dit : bébé, tu es aussi funky que ton dernier morceau
Si tu te focus sur le passé, tu seras un vaurien”

3000 s’explique sur la raison du temps de préparation de cet album, ainsi que son retrait de la scène. Tout en se mettant à jour sur le jargon actuel et les nouveaux schémas rythmiques et mélodiques dans le rap, il donne tout son sens au mot Hip (le savoir / le fait de rester à jour) dans Hip-Hop. Une tribune sur la constante évolution du monde, sur l’embarras ressenti quand on est déconnecté, sur le fait de voir des compétiteurs prendre leur retraite trop tard. Tu ne peux pas le feindre : tu es hip ou tu ne l’es pas. Le tout sublimé par un beat d’Organized Noize.

Under The Stars 

Andre est probablement le seul rappeur capable de rendre l’arrosage de plantes cool. Son amour pour le jardinage est le terreau de ce titre. Il parle dans la même phrase de son statut d’ex-vegan et de la capote oubliée dans son portefeuille. Il évoque aussi le futur toujours plein de promesses et l’alignement des étoiles en 1994 quand le premier album d’Outkast est sorti. La beauté du ciel et toutes ces bénédictions passées et à venir, font qu’il ne changerait pas la moindre chose dans sa vie, tout en regardant l’avenir la tête haute. Young Thug fait du Young Thug complétant le cypher avec brio. Bel exercice de complémentarité et d’alchimie.

Trust Me, I’m Good

Il faudra attendre l’avant-dernier titre de l’album pour entendre la collaboration et le passage de témoin. L’album est parfaitement acheminé dans ce sens. Le sens du détail est primordial pour les projets de cette trempe. Kendrick parle de comment Andre l’a inspiré et vice-versa. Andre salue Kendrick pour voir repris le flambeau et l’avoir porté vers de nouveaux sommets.

Textuellement Louvresque !

One

Qui a une vibe similaire au What? de Low End Theory, on pense sans mal au classique de Q-Tip. De la poésie urbaine de premier ordre. La répétition du mot One maintient le cap du morceau. De l’intro à la conclusion, le déroulé est parfait, à la hauteur d’un album aussi anticipé. Le final adéquat à un tel travail d’orfèvre, que l’on a attendu toutes ces années. Les scratchs non-crédités de Preemo pendant toute la durée du track relèvent également du génie. Des scratches qui nous font compter le nombre de rappeurs et références glissés par les doigts du titan, qui s’est amusé à compiler les “Ones” les plus célèbres du rap. On en retrouve quatre signés Nas issus de “One Love”, “One Mic” le grand “One Life, one love” extrait de The Message.  Chuck D est invité dans le morceau à travers son massif “One, One, One, One… “ pioché dans l’éternel classique #1 de Public Enemy. Sans aller plus loin dans le spoil/décompte on peut mentionner le One Love de Whodini et One Blood de Junior Reid.

Chuckie Fresh 
12.09.21

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